Argiles à 4 Mains

Exhibition by Jeff Rogers & Cécile Cyrol at the Grand Hotel Nord Pinus Arles

July 1 - 30, 2015

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July 1 – 4
rue du Docteur Fanton, Arles

July 5 – 30
inside the Hotel Nord-Pinus Arles

  • Cécile Cyrol

    Des pièces de céramique aux formes rondes, aux lignes nettes, à l’aspect sobre, simple. La finesse des parois contraste avec l’apparence parfois rugueuse de ces poteries qui parlent de la terre, du feu, de la fragilité du monde. Il est si difficile de faire simple.

    Typiques du travail de Cécile Cayrol, ces pots et vases en diffèrent pourtant par la taille. Sa production, habituellement, est plus petite, à son échelle. Ici, certaines pièces font la moitié de son corps, et il faut l’imaginer les tourner comme les embrassant. La mesure du vase est donnée par la circonférence de l’invisible cercle de ses bras.

    Pour cette exposition pensée comme un face à face, elle a créé de nouvelles pièces et expérimenté une technique qu’elle n’utilise que rarement : le colombinage. Venu d’Afrique, le colombinage aide à monter des pièces beaucoup plus haut que ne le permet le façonnage au tour. La céramiste met ainsi son travail à la même échelle que celui de Jeff Rogers, soulignant l’écart de style qui existe entre leurs oeuvres.

    Pour le reste, ces grandes pièces s’inscrivent parfairement dans la production actuelle de Cécile.

    Grès blancs lisses et rassurants, grès roux volés à la terre, grès noirs tirés du volcan, grès porcelainiques irréguliers, comme déformés, comme pétris…

    La maîtrise du tour et du four, Cécile la tient de nombreuses années passées à étudier – à Aubagne, à Vallauris notamment -, à expérimenter les métamorphoses de l’argile. La plasticité de la terre sur le tour, si modelable qu’elle épouse le moindre tremblement, est également proportionnelle à sa rigidité, une fois passée l’épreuve du feu. Ces contrastes inhérents à la matière même, cette “physique” de la poterie, passionnent la céramiste, qui pourtant ne perd pas de vue la finalité de son métier : créer des pièces de vaisselle, bols, coupes, pots, théières, plats, tasses… Créer des objets dont on puisse se servir, que l’on puisse tenir en main, prendre et poser, casser peut-être… Des objets qui vivent, s’inventent une histoire, et non des objets posés en vitrine, mis sous cloche, extraits du temps. Toujours utiles, toujours beaux.

    Et l’origine de ce travail, c’est bien cette histoire de prise en main, le toucher. Récemment, un aveugle est venu à l’atelier. Il venait pour choisir sa tasse, son bol. Pour choisir l’objet qu’il aurait tous les jours dans le creux de la main, zone si intime, encore plus peut-être pour un aveugle. Ce sont probablement les clients les plus exigeants qu’un potier puisse avoir. Ce sont certainement les clients les plus enthousiasmants pour Cécile. Car si ces céramiques sont pour nous agréables à l’oeil, elles sont avant tout agréables à la main.

    Au début de sa carrière, Cécile fabriquait de la vaisselle décorée à la mode provençale, mais inspirée de motifs traditionnels du XVIème siècle. Une vaisselle rustique et modeste. Puis, le temps aiguisant son goût, elle est allée vers des terres plus fines, s’éloignant du décoratif en oubliant les motifs. L’ancrage de l’utile reste la base, mais son travail a monté en élégance, en simplicité, en naturel, comme on monte une pièce sur un tour, du brut au raffiné.

    Alors bien sûr, les rencontres avec d’autres, artistes ou artisans, font parfois sortir Cécile de cette ligne clairement tracée. Il n’y a qu’un pas du vase à la sculpture… Ces incursions en pays d’art, trop rares diront certains, forment un singulier contrepoint à sa production habituelle : sapin scintillant, Vador en ruine, ou tout récemment une collection à 4 mains alliant utilité et unicité (vaisselle Van Gogh, Joconde ou WWF, pièces uniques peintes par Thibault Franc, artiste plasticien).

    Giacometti, lorsqu’il sculptait, ne savait pas si ses mains suivaient ce que ses yeux dessinaient, ou si ses yeux suivaient ce que ses mains modelaient. Il aurait très certainement aimé le nom donné à l’atelier : La main qui pense.

    Cécile a toujours su qu’elle serait potière, céramiste, et rien d’autre. Et c’est tant mieux.

    Cécile Cayrol est née en 1979.

    Elle vit et travaille à Arles, où elle tient un atelier-galerie et partage son savoir.

    Cécile Cayrol
    La main qui pense
    15 rue tour de Fabre
    13200 Arles
    France
    (00 33) 04 90 18 24 58
    cayrolcecile@hotmail.fr
    www.cecilecayrol.com

  • Jeff Rogers

    Potier et artiste basé à Miami, Jeff Rogers a été invité par la propriétaire visionnaire du Grand Hôtel Nord Pinus, Anne Igou, à passer six semaines à produire des oeuvres céramiques, afin d’y exposer les fruits de son travail en juillet. La potière arlésienne Cécile Cayrol a accueilli Jeff dans son atelier pour créer et collaborer ensemble.

    Comme tout était nouveau du point de vue matériaux, équipement et environnement, Jeff dit qu’il a cheminé avec une certaine fragilité, étant obligé de se réinventer. Après beaucoup d’introspection et d’expérimentation, l’oeuvre produite est très différente de son travail habituel – une oeuvre distincte, à l’image du contraste entre Arles et sa ville d’origine, Key Largo, en Floride.

    Son inspiration provient de nombreuses sources, y compris le Mistral, ce vent turbulent qui fouette la vallée du Rhône et les couches superposées des nombreuses civilisations d’Arles, de Rome à nos jours, qui d’une manière ou d’une autre sont liés ensemble, respirant côte à côte. Pour Jeff, ceci se manifeste davantage à travers l’interaction avec son matériau de choix que par une représentation directe. Parfois, la source de l’oeuvre se révèle seulement une fois que celle-ci est terminée. Ainsi, Jeff parle de son trouble intérieur pendant les préparatifs, très semblable à la turbulence que provoque le Mistral. Ce trouble, qui accompagne la peur de l’échec et la détermination d’aller de l’avant vers l’inconnu, a sans aucun doute joué un rôle dans la préparation de cette exposition.

    Dans la vie et dans l’art, il m’est impossible de ne pas ressentir les émotions en profondeur. Autant que possible, j’essaye de laisser ces sentiments trouver une expression directe et authentique. En tant que potier, je pense mes réceptacles, destinés à contenir des choses, comme des objets dont le périmètre offre des possibilités infinies. Des cubes sans côtés.

    Ceci et les révolutions du tour du potier sont comme des métaphores physiques, ou des blocs de construction en argile, qui relient les rêves et les visions à travers les couches successives de l’espace et du temps, et qui me lient, en tant que potier de Miami, à une potière Arlésienne, et au-delà aux potiers romains qui ont créé les amphores découvertes au fond du Rhône.

    Depuis près de 30 ans, son désir de créer de la poterie a poussé Jeff à voyager dans le monde entier. Il a d’abord travaillé comme apprenti avec Charles Counts à la poterie Rising Fawn en Géorgie, et plus tard avec Suzy et Nigel Atkins à la Poterie du Don à Montsalvy, France.

    Encore aujourd’hui, et en particulier grâce à cette collaboration à Arles. Ma joie est à son comble quand je crée des pots qui améliorent la vie quotidienne des gens. Il n’y a pas de privilège plus important ou plus sacré pour moi que de rendre ce service.